Gerhard Gruber - Stummfilm Silent Movie

Stummfilm Silent Movie Film Muet

L’écrivaine autrichienne Ilse AICHINGER sur Gerhard Gruber:

Il ne porte ni décoration de la ville de Vienne, pas plus qu’il met en émoi l’Hôtel de ville comme Michael Jackson. Gerhard Gruber est compositeur et musicien (« le pianiste » comme je l’appelle) et est originaire de la région aride du Mühlviertel en Haute Autriche. Il improvise sur son piano pour mettre en musique les films muets et se déplace dans le même triangle que moi : entre le cinéma Metro à Vienne, les Lichtspiele à Breitensee et le musée du film viennois – pas les Bermudes mais le lieu le plus fiable pour disparaître.

Grâce à lui chaque film est possible mais en même temps inutile. Celui qui voit ses doigts sur les touches illuminées peut prendre le risque d’oublier même Chaplin afin d’aider sa mémoire à revenir. Devrait-on se poser la question combien les oubliés ont-ils à oublier ? Pour Gerhard Gruber cela n’a pas d’importance. Composer est un acte intellectuel, l’improvisation un acte d’amour, explique-t-il. « Cela ne m’étonnerait pas si ma musique change le film. » Lui qui sait combien d’images ont été perdues à cause du film dialogué, signerait-il une « pétition contre le film sonore » ?

„Sa façon d’être modeste est en même temps la grandeur de Gerhard Gruber », dit Alexander Horwarth (Musée autrichien du film). « Le fait particulier qu’une partie de la musique d’un film muet soit « morte » (c'est-à-dire vieille et enregistrée sur celluloïd) et l’autre partie « vivante » (donc présente et capable d’agir) exige paradoxalement un musicien qui ne se contente justement pas de ce fait (donc de son propre avantage) mais quelqu’un qui voudrait que la partie « morte » soit aussi vivante que lui-même. »

„L’air ne me manque pas mais je ne sais pas quoi en faire“, constate E. M. Cioran. Pourtant en écoutant la musique de Gerhard Gruber on est à nouveau capable de faire confiance à son inspiration. « Nous marchons dans les champs et nous nous réjouissons », écrivait Adalbert Stifter (combien de temps avant la nuit dans laquelle il s’est coupé la gorge avec une lame de rasoir, on pourrait certainement le découvrir). « L’homme peut être très heureux », trouve-t-on dans la monographie sur Stifter de Urban Riedl – et cela nous mène à nouveau à Gerhard Gruber, fan d’Adalbert Stifter.

Le thème du „sous texte“ d’une personne chez Stifter et Gruber évolue de façon contraire et malgré tout il se rapproche. Gerhard Gruber a de la chance avec lui-même et il pourrait, s’il en avait envie, transmettre cette chance encore très longtemps. Il sait que l’on détruit le primitif si on l’exhume avec force et que l’on tue ce que l’on démystifie. Si le « Skwaraisme » (expression de Martin Walser sur Erich Wolfgang Skwara) représente la passion qui met l’irréalisable sur son programme, Gerhard Gruber est l’antipode incarné de cette définition.

En sortant du film « Die Lawine », un film qui selon Gerhard Gruber est difficile à éduquer, cette sensation pénible à endurer s’atténue. (Certains films se portent eux-mêmes, d’autres doivent être portés, explique-t-il. Cependant, il n’en demeure pas moins la tâche de l’éducateur d’aimer aussi ceux qu’il n’aime pas.) « Pendant la nuit les films muets continuent à jouer. Je rêve en film muet avec un virage bleu. »




Ilse Aichinger